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Un bonheur que je ne souhaite à personne

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« N’importe quelle mère pourrait être à ma place,
c’est le contexte qui fait le héros. »

Une première pour Samuel Le Bihan: alors qu’on le connait davantage pour ses rôles au grand et petit écran (Le Pacte des Loups (2001) ou dans Mesrine (2008) pour le resituer), voilà que l’acteur français tombe le masque pour s’essayer à la littérature. Une jolie réussite.

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Un bonheur que je ne souhaite à personne est de prime abord un titre ironique, grinçant. Au moment de lire la quatrième de couverture et que l’on voit le mot « AUTISME », on se dit que non, ce « bonheur » là, je ne le souhaite vraiment à personne. Puis, cela se confirme au fil des 256 pages. Laura, l’héroïne ira de Charybde en Scylla.

« César a été diagnostique autiste,
j’ai quitté mon mari, mon ado commence à m’inquiéter
et je jongle entre l’association et un job à mi-temps.
J’ai le sentiment que mon quotidien tient du stage de survie. »

Dans Un bonheur que je ne souhaite à personne, Samuel Le Bihan parle de ces mères courage, celles qui remuent ciel et terre pour venir en aide à leurs enfants. Il s’inspire de deux mamans en particulier comme il le raconte dans différents entretiens à la presse.

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Des mamans qui sont légions en France, quand on sait que cela toucherait selon les estimations 1 enfant sur 100 à 160 . Samuel Le Bihan est d’ailleurs lui-même concerné. Sa fille est atteinte d’autisme.

Alors que le gouvernement à lancé un quatrième plan, en 2018, sur notamment un meilleur diagnostiquer de ce handicap et un meilleure taux de scolarisation des enfants atteints, ce roman rappelle à quel point la situation est critique en France.En 2017, L’Igas (l’Inspection générale des affaires sociales) jugeait d’ailleurs très sévèrement la prise en charge par les pouvoirs publiques de l’autisme dans notre pays.

Humour, rebondissement, tendresse

Dans son roman, mélange donc d’autobiographie, de biographie et de fiction, ont découvre le quotidien d’une Laura dont l’un des fils est atteint de ce handicap. J’ai souligné au début de l’article, que c’était une « jolie » réussite. Parce que oui, le livre est plaisant à lire et surtout instructif. Mon dieu que les premières pages ont pourtant été effrayantes… entre les tournures de phrases toutes faites et les descriptions niaises, on se dit que ces 245 pages seront une croix à porter. Un autre fardeau se rajoute quand, tous les deux – trois chapitres, la narratrice revient sur ses doutes, ses angoisses, ses soucis. Vous avez dit long?

Mais un autre sentiment se développe chez le lecteur au fil des pages, un sentiment autre que celui de l’ennui: celui de l’intérêt.
Il faut le dire, l’histoire est pleine de rebondissements. Laura nous parle comme s’il s’agissait presque d’un journal intime, tantôt crûment, tantôt avec redondance, mais toujours franchement et simplement. Et là, BINGO! On est embarqué dans les nombreuses péripéties, entre un ado fumeur de shit, une histoire d’amour avec un pâtissier et un enlèvement d’enfant. Et souvent avec le ton de l’humour, histoire de dédramatiser la chose.

« On a tous ri à la scène de dépucelage de Forrest Gump, mais comment ça se passe, en réalité ?
[…] Voilà, je suis là, une guirlande dans la main, à penser au prépuce et au dépucelage de mon fils tandis que celui qui pourrait bien s’avérer être l’homme de ma vie fait sa demande – ou tout comme, on ne va pas chipoter. »

On se prend à véritablement être dans l’histoire, faire partie du quotidien de Laura. Quand elle tombe amoureuse, on veut savoir ce qu’il en sera pour celle qui a laissé sa vie personnelle de côté depuis le diagnostique de son fils; on veut savoir comment elle relèvera la tête de telle embûche dans son quotidien.

Les barrières de la société

Ce que soulève surtout le roman sont les jugements des autres, la bien-pensance et la bienséance qui doit régner dans une société « normale ». Scolariser son enfant, l’inscrire dans un club, faire les courses, des actes anodins mais qui sont interdits quand son enfant est « différent ». Dans le livre, Samuel Le Bihan met en scène un César s’époumonant au supermarché sous les critiques acerbes des autres clients; l’exclusion dont est victime l’enfant dans les parcs lorsqu’il tente de jouer avec d’autres; l’intolérance d’un corps enseignant qui, par faute de temps, de moyens et d’envie, qui ne veut pas d’un jeune autiste et rechigne à l’accepter.

On comprend, concrètement, le concept de « tolérance » en parcourant ce roman. Un bonheur que je ne souhaite à personne distille une autre façon de voir et de comprendre ceux qui nous entourent. A voir un ex caïd de cité être aux petits soins avec un enfant autiste plutôt que d’autres qui devraient en toute logique être ouverts nous fait dire qu’il ne suffit pas de se dire tolérant pour l’être. Cne pique, franche, qui est empreinte dans ce livre, celle que les parias de la société, les exclus, comme les étrangers, les gens vivants dans des quartiers populaires sont souvent bien plus ouverts, plus tolérants, que les autres. Une ode à l’acceptation d’autrui. La différence qui vous fait grandir et évoluer intérieurement, un véritable « bonheur » que l’on ne « souhaite à personne ».

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« Un Bonheur que je ne souhaite à personne »
Éditeur: Flammarion (256 pages)
Auteur: Samuel Le Bihan
Sortie: Octobre 2018
Prix: 18 euros

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