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Victorieuse Russie

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La Russie est appelée aux urnes! Le 18 mars 2018, les Russes élisent leur nouveau président. Si pour la plupart des observateurs comme La Croix ou la NBC, l’issue du scrutin ne réserve que peu de surprises, Vladimir Poutine devant briguer logiquement un quatrième mandat à la tête du pays.

L’occasion de jeter un coup d’œil en arrière et voir comment cette nation s’est reconstruite après la désintégration de l’URSS, il y a 27 ans, en 1991, Grâce à l’historienne, spécialiste du monde russe Hélène Carrère d’Encausse et son ouvrage Victorieuse Russie.

Il est publié en 1992, c’est-à-dire pendant que l’Union soviétique s’effondre et pendant que la patrie des Tsars doit repartir de zéro. Et malgré les années, l’ouvrage de plus de 300 pages pourrait être dépassé. Pourtant non. Au contraire. Il est très actuel.

@JordanMuzyczka

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« Pourquoi pas une république russe du Donbass ? »

C’est une idée qui est déjà évoquée à l’époque dans le livre, « Pourquoi pas une république russe du Donbass?« . Presque 20 ans plus tard, c’est presque chose de faite, le conflit débuté en 2014, continue de s’enliserPreuve que l’idée n’est pas sortie du jour au lendemain dans les esprits.

Les Russes se sont implantés ailleurs que dans leur contrée. Parfois ils y ont été incités, comme à Kaliningrad, pour remplacer la population germanique; parfois, les raisons sont économiques, comme dans le Donbass, où le besoin de main d’œuvre dans les mines est immense. L’URSS a permis et facilités les déplacements et les installations, comme cela peut être le cas, d’une manière similaire aujourd’hui au sein de l’Union européenne.

Au moment où l’URSS n’est plus qu’un astre mort, « Les quelques 25 millions de Russes dispersés ont en commun plusieurs traits. En très peu d’années, ils ont développé une conscience nationale aiguë où dominent les sentiments d’humiliation, d’injustice –ils considèrent que leur rôle dans le développement des États où ils vivent a été positif, souvent même décisif-, de désarroi face à leur déclassement statutaire et matériel […]»

Victorieuse Russie peut se découper en deux parties. La première revient sur la fondation de la Russie, puis la création de l’URSS des siècles plus tard. La seconde partie nous raconte comment s’est déroulée la transition, après la mort de l’Union, d’un point de vue politique.

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La fin de l'URSS et ses événements racontés par l'AFP

Nous ne reviendrons pas sur ces chapitres qui racontent la naissance des États slaves, puis de la création de la Russie et de son développement.
Seulement, pour comprendre la Russie, il faut comprendre quel regard ont ses voisins. La patrie des Tsars est souvent considérée, soit comme un état « Brigand », soit comme un « Grand frère ».

L'URSS et ses 15 républiques socialistes et soviétiques.

L’URSS et ses 15 républiques socialistes et soviétiques.

« Brigand » et « Grand frère »

Dans le rôle du méchant, un exemple donné dans l’ouvrage est criant quant à la prédominance des Russes dans les sphères de l’État.

A la veille de la mort de Staline, en 1952, au sommet du Présidium (le parti qui dirige l’État), « parmi 23 titulaires, 15 ont un nom purement russe, et les huit autres sont culturellement russes« , comme Khrouchtchev (Ukraine), Béria (Géorgie), Mikoyan (Arménie).
En Ouzbékistan, les 4/5 des postes à responsabilité sont occupés par des russes au début des années 50. A cette période, 82% de la population dans cette République est Ouzbèke. « Et le schéma se répète presque à l’identique dans tout l’espace soviétique ».

L’autre vision de la Russie est celle qui met en avant le lien fraternel.

Celle qui se revendique comme étant la « Troisième Rome », garante de la culture slave et de la chrétienté orthodoxe a voulu épauler ses voisins.
De 1917 à 1930, les bolchéviques, incités par Lénine, encouragent les peuples à apprendre et à développer leur propre culture (langues, traditions, etc). Cette tolérance ne cessera de faire du yo-yo. Staline et Brejnev seront intransigeants et voudront imposer la culture russe à tous; Khrouchtchev et Gorbatchev seront beaucoup plus laxistes.

Cela est utile pour comprendre bien des choses:

  • Les autres peuples/pays n’ont pas oublié le passé. Et chacun a sa vision de la Russie.

Il y a ceux pour qui elle est un danger. Dans cette catégorie, on peut ranger les États Baltes. Ce seront eux d’ailleurs qui, les premiers, mettront à mal les Russes, votant des lois résolument contre eux.
Dès la fin des années 80, des lois interdisant la double nationalité sont votées. On demande également pour intégrer des emplois publics, de parler la langue du pays, et non plus le Russe. Et ce n’est pas un hasard si aujourd’hui encore, ce sont ces pays qui sont les plus virulents contre la nation au drapeau tricolore et demandent des mesures de protection auprès de l’OTAN.
De l’autre côté, il y a ceux qui entretiennent une très bonne relation.
Les « -Stan », autrement dit les nations musulmanes d’Asie centrale, comme le Kazakhstan ou le Kirghizistan sont ceux qui ont demandé en premier de renouer des liens avec la Russie au moment de la chute de l’Union, en 1991, au travers de la CEI, la Communauté des États indépendants.

« Nazarbaïev [(président du Kazakhstan] et les États d’Asie centrale convaincus que la Communauté, comme l’URSS d’hier, leur apporterait l’aide indispensable à leur survie, se firent les défenseurs acharnés d’une évolution de l’ensemble vers une réelle fédéralisation, avec des institutions stables, aptes à coordonner les activités des États membres. »

Et aujourd’hui encore, ils sont des partenaires privilégiés de Moscou, et ils sont une chasse gardée, alors que d’autres « rivaux » comme la Turquie ou la Chine lorgnent sur eux.

  • Les Russes ont le sentiment d’être le vilain petit canard.

Ce sentiment est renforcé car les pays qui tournent le plus le dos à la Russie sont justement ceux où les Russes sont le plus implantés. Les Russes plébiscitent largement les pays du côté occidental, plus proche culturellement d’eux que ceux de la frange orientale, d’une religion et de mœurs différents.

Mais ces pays de l’ouest, slaves ou peuplés en partie de slaves, trainent des pieds à l’idée de renouer des liens avec le « Grand frère ». Comme l’Ukraine, le maillon essentiel de la CEI, lancée aussitôt la fin de l’URSS: « Le modèle ne serait-il pas à chercher du côté de la Communauté Européenne, destinée à l’origine à dépasser les haines franco-allemandes ? Le couple russo-ukrainien ne pourrait-il répéter cette aventure, même s’il y faut beaucoup de temps ? [...] Kiev demande que la CEI reste très flou, « destiné à demeurer tel » : pas de construction juridique, pas d’existence au regard du droit international, pas d’institutions propres ».

Le seul intérêt pour le pouvoir central ukrainien de rejoindre cette CEI réside en un élément: « L’engagement pris solennellement de tenir les frontières des signataires pour intangibles ».

La CEI, la Communauté des États indépendants.

La CEI, la Communauté des États indépendants.

La Russie est morte, vive la Russie

Alors comment expliquer que la Russie revendique des territoires comme en Ukraine ou entretienne le bras de fer avec l’occident?

Pourtant, comme l’écrit alors Hélène Carrère d’Encausse, la démocratie, la vraie, semble trouver son chemin dans toutes les couches de la population  russe: « En 1991, la société a mûri, appris la leçon, encore mal connue, de février 1917, celle que lui ont prodiguée les bolcheviks par leur captation de pouvoir. […] Une société qui accède à l’âge de la maturité sait, en cette fin de siècle, que la pratique gouvernementale est trop complexe pour être confiée à des amateurs inconnus. »

C’est au moment où l’Union sombre, qu’Andreï Sakharov devient une figure influente en Russie. Mais le prix Nobel de la paix décède en 1989. D’autres prennent le relai. Comme Boris Eltsine. Le démocrate prend la tête du pays en 1991 après bien des joutes avec son rival et ancien leader de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev. Il résiste a tout, même contre le « coup d’état » raté d’août de la même année, quand des chars entrent dans Moscou. La démocratie est en marche.

 

Boris Eltsine sur le char des putschistes de 1991.

Boris Eltsine sur le char des putschistes de 1991.

Pourquoi donc, alors que la démocratie semble s’installer, en sommes-nous aujourd’hui dans un climat aussi tendu?

Il y a plusieurs facteurs pour l’expliquer. Comme nous l’avons vu, les Russes ont peur hors de leurs frontières. Dans les pays où ils sont installés, leurs conditions de vie se dégradent.
De même, les fondations de leur désormais nouvelle patrie sont fragiles. Pendant que les 14 autres pays  « satellites » et que les six « démocraties populaires » ont procédé a un devoir d’inventaire pendant plusieurs années, la Russie ne l’a pas réalisé. Elle doit le faire rapidement, à la dernière minute.

« Identifiée à l’URSS, elle est en dernier ressort victime de l’URSS. Elle doit aller à la reconquête de son passé, de sa culture, alors que, pour les autres peuples, ce dur travail est déjà en passe d’être accompli.
Le dominateur russe a cédé la place à un peuple pauvre et conscient de l’être, parce qu’amputé de lui-même. Les Russe n’ont pas grand effort à fournir pour comprendre que l’Empire leur a coûté la Russie.
 »

L’exemple de l’hymne national russe est le plus parlant. L’air ainsi que le refrain et les paroles sont piochés depuis… l’hymne soviétique.

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Hymne de l’URSS (avec paroles)

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Hymne de la Fédération de Russie (avec paroles)

 

Aussitôt, la population s’appuie sur des éléments réconfortants, comme la religion:

« A l’heure où la nation russe veut exister, doit se reconnaitre, entend être l’acteur modernisé de l’État civilisé, l’Église peut y contribuer puissamment. Parce qu’elle est la seule institution, le seul mode de pensée et le seul système de valeurs survivant au naufrage soviétique, elle est aussi la plus puissante des forces propres à cimenter aujourd’hui la société civile ».

Le président russe Vladimir Poutine et des patriarches orthodoxes.

Le président russe Vladimir Poutine et des patriarches orthodoxes.

En recherchant des idées dans le passé, la société ne regarde pas vers le monde qui change. Elle ne parvient pas à s’adapter à l’économie de marché:

« Comment libéraliser l’économie, libérer les prix, et ne pas établir des contrôles pour éviter les excès et assurer la protection des plus faibles ? Le pouvoir russe se trouve ainsi freiné dans ses choix par un double impératif : accomplir des réformes rapides en tout domaine et empêcher que de cette transformation radicale ne naisse une compétition sauvage qui, en dernière instance, débouche toujours sur l’illégalité ».

Le problème identitaire n’est pas résolu:

Le débat sur l’unité slave est lancé dès le XIX ème siècle. Il est relancé quelques années plus tôt par l’écrivain, prix Nobel de littérature, Alexandre Soljenitsyne : « Reste le débat sur la communauté slave. La certitude que cette communauté existe, qu’elle plonge ses racines dans l’histoire, relève-t-elle d’un sentiment impérialiste ou, plus simplement, d’une conscience slave dont la Russie serait partie intégrante ? »

La Russie d’Eltsine ne sait sur quel pied danser. D’un côté, elle vote les sanctions à l’encontre de la Serbie pour son implication dans la guerre de Yougoslavie (la Serbie qui est l’allié historique, fraternel de la Russie), mais aussi l’extrême droite qui gagne de la place dans le pays l’incite à se tourner d’avantage vers l’Orient.  Selon eux, la Russie, ayant accumulé trop de retard, ne sera qu’un partenaire mineur, et sera surtout un vassal des autres États.

Enfin toute l’ambiguïté de cette Russie continue lorsqu’elle intègre les conventions internationales en faveur des réfugiés (conventions de 1951 et 1967) avancée dans les droits de l’homme. De cette façon, elle s’intègre un peu plus dans le concert des nations. Tout en attisant les braises du nationalisme aujourd’hui sur lesquelles souffle Vladimir Poutine.

Signer ces conventions doivent « permettre à la Russie d’affirmer, au regard de la communauté internationale et de ses lois, la responsabilité qu’elle revendique vis-à-vis de ses sujets, russes ou non, partout où ils se trouvent. Ce qui, à l’occasion, lui conférerait un droit, voire un « devoir d’ingérence »».

« Nous devons être vigilants envers ces anciennes républiques de l’URSS qui veulent s’emparer de nos installations militaires en profitant du fait qu’elles tiennent nos compatriotes en otages« , déclarait un proche du vice-président de Russie, Alexandre Routskoï.
Un autre proche du président Eltsine cette fois, Sergueï Stankevitch, rajoutait:

« Nous devons mettre fin à notre inertie face à la désintégration de la Russie ».

 

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