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Si c’est un homme

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« On est volontiers persuadé d’avoir lu beaucoup de choses à propos de l’Holocauste, on est convaincu d’en savoir au moins autant. Et, [...] on a envie de crier grâce. »

L’ académicien français Angelo Rinaldo n’a pas tout à fait tort au moment d’écrire ces mots. Quoi de plus connu que la Seconde Guerre mondiale? Chacun l’apprend à l’école; on ne compte plus les témoignages, les romans, les films, etc. Une pléthore d’œuvres pour raviver le souvenir de ce qui fût et ne doit plus être. A contrario, que savons-nous réellement au delà des chiffres, 12 millions de tués dans les camps de concentration?

@Jordan Muzyczka

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Dans Le Pianiste, Wladyslaw Szpilman nous distillait déjà des pistes, comme l’égoïsme qui pouvait régner au sein du ghetto de Varsovie, entre juifs. Mais Primo Levi va bien plus loin…

« Personne ne sortira d’ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l’homme, à Auschwitz, a pu faire d’un autre homme. »

Ils ne sont plus des hommes

Ce chimiste italien est déporté au camp d’Auschwitz en 1944, là où périront plus d’ 1 million de détenus.
Primo Levi ne témoigne pas dans cet ouvrage (excepté le dernier chapitre); il analyse un quotidien qu’il se remémore et qu’il retranscrit sur papier dès sa sortie du camp lors de la libération.
Une des premières scènes marquante est l’épisode de la douche, moment de transformation extérieure. « Cette opération terminée, chacun est resté dans son coin, sans oser lever les yeux sur les autres. Il n’y a pas de miroir, mais notre image est devant nous, reflétée par cent visages livides, cent pantins misérables et sordides. Nous voici transformés en ces mêmes fantômes entrevus hier au soir. »

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Mais l’asservissement ne serait rien sans une changement intérieure. Car un homme est avant tout une conscience. C’est ce qui distingue par exemple le nourrisson du bébé: ce dernier peut observer son reflet dans une glace contrairement au premier qu’il ne comprend pas qui il est. Cet assujettissement se retrouve dans cette déclaration sans équivoque de l’auteur:

« Détruire un homme est difficile, presque autant que le créer : cela n’a été ni aisé ni rapide, mais vous y êtes arrivés, Allemands« 

Machine à annihiler l’homme en tant qu’individu, Si c’est un homme contredit une autre idée: celle que les malheureux sont unis.

L’homme est un loup pour l’homme

L’union des opprimés n’aura pas duré un seul instant. Entassés dans des wagons à bestiaux, les détenus s’affrontent déjà, avant même leur arrivée au camp. « Notre sommeil agité était souvent interrompu par des querelles futiles et bruyantes, des imprécations, des coups de pied et de poing décochés à l’aveuglette pour protester contre un contact fastidieux et inévitable. »

L’auteur décrit avec merveille la façon dont une société se crée dans ce monde clos surnommé le « Lager ». Il y a les trafics, les vols, les stratagèmes pour avoir d’avantage à manger que les autres.  Seuls les plus forts, non pas au sens musculaire, mais ceux connaissant et pouvant user au mieux de leurs qualités survivront. Acculé, l’être humain voudra toujours trouver un moyen de sauver sa personne en priorité, se prémunir de la torture ou des privation, au dépend d’un autre. « Qu’on offre à quelques individus réduits en esclavage une position privilégiée, certains avantages et de bonnes chances de survie, en exigeant d’eux en contrepartie qu’ils trahissent la solidarité naturelle qui les lie à leurs camarades : il se trouvera toujours quelqu’un  pour accepter. [...] Qu’on lui confie le commandement d’une poignée de malheureux, avec droit de vie et de mort sur eux, et aussitôt, il se montrera cruel et tyrannique, parce qu’il comprendra que s’il ne l’était pas assez, on n’aurait pas de mal à trouver quelqu’un pour le remplacer. »

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En bref:
Dans cette confession retranscrite sur papier, Primo Levi dresse deux constats: comment l’Homme a été réduit à l’état de néant, et comment les Nazis se sont servis de la faiblesse humaine pour pousser les détenus à s’entre-déchirer.
Si c’est un homme porte habillement son nom. L’auteur en restera à vie marqué, au point de mettre fin à ses jours.

Un ouvrage sociologique à lire absolument.

 

 

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