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Mon enfant de Berlin

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Anne Wiazemsky nous a quittée. L’actrice, réalisatrice et écrivaine française laisse derrière elle une cinquantaines d’œuvres.
Nous avions découvert ensemble Une poignée de gens, son roman le plus connu et le plus primé (Grand prix de l’Académie française et prix Renaudot des lycéens 1998). Mais Mon enfant de Berlin mérite sans aucun doute qu’on s’y penche plus amplement dessus

@Jordan Muzyczka

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L’émancipation d’une femme

« La lecture de cette lettre décourage Claire.
Sa mère la traite comme une petite fille, lui indique le chemin à suivre, pire, lui donne des ordres
. »

 

Il n’y a pas que des malheureux durant la Seconde Guerre mondiale. Un peu fort, il est vrai de tenir de tels propos… mais pour Claire, la jeune femme que l’on suit dans ce roman, l’horreur est salvatrice. Engagée volontaire dans la Croix-Rouge française, elle trouve enfin un moyen de s’affranchir de sa prestigieuse famille. Ce rôle d’infirmière lui permettra également de trouver l’amour.

Car Mon enfant de Berlin, est, comme son titre l’évoque, une romance dans une capitale allemande en ruine. Anne Wiazemsky, dans son style très à elle, mélange à la fois des phases de narrations et des moments plus personnels, où les protagonistes écrivent leur ressenti à la façon d’un journal intime.

Un ange gardien en Enfer

« […] au chevet d’un jeune Russe qui est devenu morphinomane après de grandes blessures.
Cette nuit, Rolanne a dû se battre avec lui.
Il n’a heureusement pas de revolver mais un couteau depuis ce matin.
Je n’ai pas voulu y aller seule avec Mistou.
C’est assez épouvantable à voir
. »

Là est le point intéressant de ce roman. Découvrir comment fonctionnent les secours en période de guerre/après-guerre. Les membres de la Croix-Rouge française doivent récupérer les ressortissants français prisonniers (essentiellement les « Malgré-nous », Mosellans et Alsaciens), blessés, même les dépouilles, pour les rapatriés auprès des leurs.

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La porte de Brandebourg à Berlin, les « Champs-Elysées » allemands sont en ruine au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Et les conditions de travail sont forcément difficiles. Tant par l’ampleur de la tâche, des recherches à effectuer, que par les négociations à réaliser avec les armées étrangères:

« Depuis le partage de la ville, en juillet 1945, Berlin est devenu une gigantesque machine à trier les réfugiés.
Ils sont environ un demi-million à arriver chaque mois dans les secteurs anglais et américain.
Des Allemands, femmes, enfants, vieillards ; des expulsés de Tchécoslovaquie ; des prisonniers de guerre et tous ceux qui, en général, fuient les Soviétiques.
Selon les premiers chiffres, on prévoit que durant l’hiver 1945-1946 près de vingt millions d’Allemands, plus du quart de la nation, se retrouveront sur les routes du pays en ruine
. »

Pitié allemande, revanche soviétique

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La photographie de propagande soviétique représentant le drapeau de l’URSS sur le toit du parlement allemand après la prise de Berlin, en 1945

Sans trop en dire sur les intrigues du roman, Mon enfant de Berlin est ambivalent sur la question soviétique.
Ils sont à la fois charmeurs, amusants, coopératifs, mais aussi cruels et âpres à la négociations.
Échaudés par quatre années terribles de guerres, avec près de 25 millions de morts dans leurs camps (toutes victimes comprises), ils sont bien décidés à obtenir leur part du gâteau, si durement acquise.

Pour illustrer la façon avec laquelle les Soviétiques sont au sortir de la guerre: les viols sur les allemandes, difficilement estimables, seraient au nombre de deux millions. Un « Cauchemar rouge » comme le surnomme dans son article le journal Libération. Claire, sur le terrain berlinois, devra travailler avec ces femmes abusées:

« Mais ce soir, elle [(Claire)] est particulièrement bouleversée par la mort d’une femme allemande, atteinte de septicémie qu’elle n’a pas pu sauver.
Celle-ci, plusieurs fois violée par les soldats de l’armée soviétique, avait tenté de se faire avorter.
Comme tant d’autres.
Quelques rares Berlinoises, soignées par la Croix-Rouge, ont commencé à raconter les horreurs de la prise de Berlin par les Soviétiques
. »

 

D’abord très naïve au début du conflit, la jeune française changera totalement sa vision du conflit: dans un guerre, il n’y a pas de gagnants, que des perdants.

« Claire, au début de son séjour à Berlin, prétendait haut et fort n’avoir aucune pitié pour les Allemands, jurait qu’elle ne leur pardonnerait jamais les atrocités qu’ils avaient commises et que ce qu’ils enduraient n’était que justice. Maintenant, elle ne peut plus parler de la sorte. »

EN BREF:

Découvrir les conditions de travail de secouristes est le gros point positif de ce roman.
Et cela trouve encore échos aujourd’hui…
La romance quant à elle est touchante et donne un côté Guerre et Paix à l’œuvre.
Le point négatif est le côté parfois mièvre de la protagoniste. Un côté qui s’estompe heureusement peu à peu au fil des pages.

 

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Une vidéo hommage à Anne Wiazemsky, l'auteure décédée le 5 octobre 2017.

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