La Glace

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Étrange. Intriguant. Perplexe. Voilà ce qui en ressort au moment de refermer ce roman. Vladimir Sorokine signe en 2005 une œuvre dont lui seul à le secret.
Imaginez-vous: quatre styles différents se côtoient, un style par chapitre. Si les deux derniers n’ont pas un grand intérêt, à mon sens, les deux premiers méritent que l’on s’y intéresse.

@Jordan Muzyczka

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L’amour, un thème particulier dans La Glace, de Vladimir Sorokine

Le cinéma

Style simple. Direct. Concis. Sans fioritures. Le premier chapitre dans ce roman de plus de 300 pages ressemble au script d’un film.

« Il éteignit la musique. Sortit d’une petite armoire japonaise une vieille bouteille de whisky Famouse Grouse. Il s’en versa un demi-verre. Il le but. S’assit. Prit son mobile. Le posa sur la table. Se leva. Alla dans la cuisine. Ouvrit le réfrigérateur. Il était vide. Il n’y avait sur la deuxième grille que quatre bols identiques contenant de la salade. Fermés par du film transparent ».

L’intrigue prend aux tripes dès les premières lignes. Différents portrait de la Russie occidentale, contemporaine, sont dépeints: ces Russes pour qui la vie se résume à l’argent; une qui se prostitue; un jeune homme de l’underground, drogué et qui côtoie des nationalistes. Dans ce cadre réel, l’irréels apparaît: le fantastique classique, mais façon Sorokine, qui transpire encore plus intensément dans le second chapitre.

Le roman

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Boris Eltsine président (1991-1999), un post-communisme relaté par Vladimir Sorokine

Oubliez ce que vous venez de lire précédemment. Car désormais, le cinéma laisse place au roman plus habituel. L’on délaisse le style à la troisième personne, court, intense, pour un bien différent, plus posé, à la première personne. Au travers de l’histoire d’un protagoniste, le lecteur retrace un siècle de Russie, de la tsariste à la moderne. A la façon dont nous vous parlions il y a quelques temps avec Blonds étaient les blés d’Ukraine. Au gré des tempêtes des l’Histoire. Au gré des agissements politiques et culturels. Le fil rouge est cette secte que nous suivons dans tout le livre.

« Les années nous apportèrent beaucoup de tracas et de contrariétés. Brejnev mourut. Commença alors une redistribution du pouvoir, comme il est de tradition en Russie. Quatre des nôtres perdirent des postes importants au sein du Comité central du PCUS et au conseil des ministres »

« Les années 90 filèrent à toute vitesse. Commença l’époque joyeuse et épouvantable d’Eltsine. Pour la confrérie ce fut le début d’un âge d’or. Nous avions obtenu ce de quoi nous rêvions : nous étions solidement ancrés au sein du pouvoir, nous avions créé de solides structures financières et fondé une série de joint-ventures ».

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Mais lire La Glace, c’est aussi se sentir décontenancé.
Dans le premier chapitre, l’histoire, bien que captivante, tourne rapidement en rond.
Le second chapitre nous surprend, justement par cette rupture de style. Mais le lecteur met trop de temps à s’y plonger. Les autres sont drôles, mais pourraient tout bonnement être supprimés, tant leur apport est superficiel.

En bref: Un livre intéressant, tant par la simplicité et la façon dont le lecteur est immergé dans la première partie, que pour la seconde, plus historique, d’avantage de l’ordre du témoignage.
Mais le total souffre d’un sentiment étrange dominé par une impression de gâchis.

 

 

 

 

 

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