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Les fiancées d’Odessa

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« C’est un beau roman, c’est une belle histoire. C’est une romance d’aujourdhui. » Tout est dit dans ces paroles de Michel Fugain. Les Fiancées d’Odessa, c’est une une jeune femme qui cherche l’amour, tout simplement… cela aurait pu être simple. Seulement, en Ukraine, rien ne l’est. Janet Skeslien Charles le sait bien: elle y a vécu deux années. Après Isaac Babel avec Mes premiers honoraires, l’écrivaine britannique est aussi tombé sous le charme de la cité, de ses habitants et de ses femmes.

@Jordan Muzyczka

Le centre-ville d’Odessa, en Ukraine.

L’Ukraine et Odessa: corruption et débrouille.

« Je viens d’Odessa, une ville portuaire de la mer Noire. Notre opéra est le troisième plus beau du monde. Notre climat est doux et les gens viennent du monde entier, surtout de Moscou, de Kiev et de Saint-Pétersbourg, passer leurs vacances sur nos plages.« 

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Le titre est évocateur: "La plus belle ville d'Ukraine"

 

Un brin de chauvinisme, un brin de réalité, Daria aime parler de sa ville. La trentaine, diplôme d’ingénieure, femme de caractère, elle est le personnage principale du livre. Elle, et Odessa, bien sûr. Le lecteur découvre les rues pavées, la plage, les cafés, à l’instar de Chico Buarque qui nous transporte dans Budapest.
La surdiplômée trouve pourtant du travail difficilement; les fins du mois sont dures, les coupures d’eau et d’électricité quotidiennes.
Les Odessites sont drôles, fiers, cultivés.

« Quand on ne pouvait pas quitter son pays, aussi fort que fût son désir d’évasion, quel recours avait-on ?
La seule façon de voyager était par les livres. Aujourd’hui encore, les gens d’Odessa commençaient presque toutes leurs phrases par : « J’ai lu que… » ou « Il paraît que… »On n’avait le droit d’aller nulle part, mais on avait le droit de lire.
[…] Et nos étagères se remplissaient de romans que nous n’avions jamais le temps de lire décrivant des pays que nous ne verrions jamais.
Le seul terrain autorisé était celui de l’humour noir. Pour nous libérer du poids des rêves de départ et de mondes meilleurs, nous inventions des blagues. Et nous avions fait d’Odessa la capitale de l’humour de l’ex-URSS.
»

L’humour est grinçant. Ici, beaucoup de choses ne sont que de façade. L’amitié mise à mal par l’antisémitisme; la misère ambiante, la mafia qui dicte ses lois. La corruption est omniprésente dans tous les secteurs.
En 2016, le pays était dans le haut du panier selon l’ONG Transparency Internationale, soit 131 ème sur 171.
Daria est maligne, son intelligence lui permet de sortir la tête de l’eau.

« Il fallait rédiger trois versions de rapports de comptes : un exemplaire correct pour les comptables et deux exemplaires mensongers, un pour les Stanislavski (en diminuant les bénéfices de cinquante pour cent) et un pour l’Etat (en diminuant les bénéfices de soixante-quinze pour cent). »

Dans cette Ukraine post-communisme, la loi de la jungle prévaut. Les femmes couchent pour avoir une place.

L’Ukraine et ses femmes: l’exil du sexe

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Carte de la fondation Fondation Scelles, fondation agissant sur les causes et les conséquences de la prostitution dans le monde. (2014)

 

Sans dévoiler tous les secrets du livre, Janet Skeslien Charles raconte comment les pays de l’ancien bloc soviétique sont devenu des expert dans l’export d’un de leur produit phare: les femmes. Les occidentaux se les arrachent. Marina Lewicka dans Une brève histoire du tracteur en Ukraine nous le racontait assez drôlement.
Dans Les fiancées d’Odessa, nous découvrons cette fois non pas le point de vu des occidentaux, mais des expatriées. Une Russe, exilée aux Etats-Unis raconte.

« A Vladivostok, j’étais quelqu’un : la première de la classe, la plus jeune interne de l’hôpital, une spécialiste reconnue.
Alors qu’ici, je ne suis personne.
 »

 

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Les sites de rencontres avec des Ukrainiennes sont légion sur la Toile.

Le récit est moins onirique, plus cruel. L’on ressent la détresse des exilées. Elles ont beau se trouver dans des pays dit riches, elle ne sont guère plus heureuses.
Vendues comme du bétail depuis des agences de rencontres, elles suivent de parfaits ou presque inconnus à l’autre bout du monde. Ces vies sont bien illustrées dans ce roman. Ces femmes, une fois installées, n’ont que très peu, voir aucun droit, sauf celui de se taire, sinon elles renoncent à leur carte de séjour.

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J’ai aimé:
- Les nombreux rebondissements , certains personnages attachants.
- Le ton est à la fois drôle et cynique, l’écriture est fluide et simple.

J’ai moins aimé:
- La redondance de certains passages, notamment dans la seconde partie; le côté parfois trop « roman à l’eau de rose »
- Quelques personnages trop caricaturaux ou bâclés qui auraient mérité qu’on s’y attarde

En Bref:
Livre agréable à lire, traitant d’une triste réalité.
Un roman dans lequel on plonge avec passion. Quelques passages moins plaisants
nous laissent l’occasion de remonter à la surface, pour mieux repartir.

 

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 Janet Skeslien Charles interviewé sur son travail
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