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Alexis Zorba

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51944AWV7SL._SX284_BO1,204,203,200_Il y a de cette race d’homme pour qui le destin les guide plus loin, plus intensément, que celui de leurs coreligionnaires. Des Bigger than life, des hommes pleins d’une vie riche. Il y a Georges du Roy, dans Bel-Ami; Cyrano de Bergerac, imaginé par Edmond Rostand ou le nihiliste Eugène Bazarov d’Ivan Tourgueniev. Alexis Zorba se dresse au-dessus d’eux.

@Jordan Muzyczka

Personnage éponyme du roman écrit au sortir de la guerre par Nikos kazantzakis, en 1946, Alexis Zorba est à lui seul un sujet de réflexion.
Pour le philosophe Kant, la connaissance ne naît que de l’expérience; d’autres comme Locke ou même Platon donnait à l’expérience une prédominance sur la théorie.
Rustre, n’ayant eu accès a aucune éducation, il a tout vu, tout fait. Le Grecque a roulé sa bosse dans tous les Balkans, jusqu’en Russie; exercé tous les métiers, rencontré bon nombre de femmes et parlé plusieurs langues. Ses réflexions sur la vie son multiples:

L’Homme

« Tant qu’il y aura des patries, l’homme restera une bête, une bête féroce…« 

La religion

« L’idée c’est tout, dit-il. Tu as la foi ? Alors une écharde de vieille porte devient une sainte relique. Tu n’as pas la foi ? La Sainte Croix tout entière devient une vieille porte. »

La liberté

« […] entasser les pièces d’or et, brusquement, vaincre sa passion et jeter son trésor aux quatre vents. Se libérer d’une passion pour obéir à une autre, plus noble. Mais cela, n’est-ce pas aussi une forme d’esclavage ? Se sacrifier pour une idée, pour sa race, pour Dieu ? Ou bien est-ce que plus le patron se trouve haut placé, plus la corde de l’esclave s’allonge ? Il peut alors s’ébattre et folâtrer sur une arène plus spacieuse et mourir sans rencontrer la corde. Est-ce donc cela qu’on appelle liberté ?« 

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Alexis Zorba, interprété au cinéma en 1964 par Anthony Quinn

La relation entre un maître et un élève

Le hasard (ou le destin) provoque la rencontre entre le narrateur, un jeune intellectuel grec, et un vieil homme grisonnant, le nez collé à la vitre d’un bar.
Dés les premiers échanges, l’on découvre que la relation sera pour le moins originale…

« Je le regardai attentivement. Des joues creuses, une forte mâchoire, des pommettes saillantes, des cheveux gris et frisés, des yeux étincelants.
– Pourquoi ? Que veux-tu que je fasse de toi ?
Il haussa les épaules.
Pourquoi ! Pourquoi ! fit-il avec dédain. On ne peut donc rien faire sans pourquoi ? Comme ça, pour son plaisir ? Eh bien, prends-moi, disons, comme cuisinier. »

Le narrateur n’a pas d’identité. Mais à coup sûr, Nikos Kazantzakis lui a insufflé quelque unes de ses préoccupations: comme l’auteur, le narrateur est intéressé par le bouddhisme; comme l’auteur, le marxisme le questionne. Face à Zorba, le narrateur se remémore un souvenir de jeunesse:

« Quand j’étais encore à l’école, j’avais organisé avec mes amis les plus intimes une ‘’Fraternité Amicale’’, c’est le nom que nous lui avions donné, et nous avions fait le serment enfermés à clef dans ma chambre, que toute notre vie nous la consacrerions à combattre l’injustice. De grosses larmes coulaient de nos yeux au moment où, la main sur le cœur, nous prêtions serment. Idéaux puérils ! Pourtant malheur à celui qui rit à les entendre ! Quand je vois à quoi ont abouti les membres de la ‘’Fraternité Amicale’’ -médicastres, avocaillons, épiciers, politiciens fourbes, petits journalistes- mon cœur se serre. »

Dans cette relation d’égal à égal, d’ami à ami, Zorba le met en garde aussitôt face aux mineurs employés par le narrateur: « Ne va pas leur dire qu’on est tous égaux, qu’on a tous les mêmes droits. Aussitôt, ils piétineront ton droit à toi, ils te voleront ton pain et te laisseront crever de faim« .

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De leur relation, le narrateur bois les paroles de son ami plus expérimenté. Nous suivons l’évolution de sa perception des choses. Alexis Zorba, c’est une forme de confrontation entre la théorie, le savoir inculqués grâce aux livres et la connaissance obtenue grâce à l’expérience, le vécu. Zorba s’exclamera d’ailleurs:

« Toi, tu avales tout ce que te disent tes bouquins. Mais les gens qui les écrivent sont des cuistres ! Et qu’est-ce qu’ils savent en fait de femmes et de coureurs de femmes ? Des clous !
– Pourquoi n’écris-tu pas toi-même, Zorba, pour nous expliquer tous les mystères du monde ? ricanai-je.
– Pourquoi ? Pour la bonne raison que, moi, je les vis, tous les mystères que tu dis et que je n’ai pas le temps de les écrire. Des fois c’est la guerre, des fois c’est les femmes, des fois le vin, des fois le santouri : où trouver le temps de prendre cette radoteuse de plume ? Et comme ça, l’affaire est tombée entre les mains des gratte-papiers. Tous ceux qui vivent les mystères, tu vois, ils n’ont pas le temps d’écrire, et tous ceux qui ont le temps, ils ne vivent pas les mystères.« 

En bref: Un bon roman picaresque où la philosophe est omniprésente.
Si les premiers chapitres sont très vite envoûtants, quelques longueurs apparaissent toutefois.
A recommander.

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Extrait du film "Alexis Zorba" sorti en 1964
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